Test de Port of Jumanah
Port of Jumanah plonge le joueur dans une aventure sous-marine qui s’inspire fortement de Cult of the Lamb pour son gameplay. Développé par Agate en collaboration avec Red Dunes Games, ce titre 2.5D d’action-roguelite est sorti le 7 septembre dernier. Il arrive dans un genre déjà saturé de runs procéduraux et de combats rapides, mais tente de se démarquer par son univers coloré, son humour décalé et son ambiance maritime unique.
Les attentes se cristallisent autour d’une proposition courte et accessible, tout en apportant une identité visuelle et narrative propre. La question centrale reste de savoir si cette immersion sous-marine réussit à renouveler suffisamment la formule roguelite pour justifier le plongeon, ou si le charme initial s’érode trop vite face à la répétitivité inhérente au genre. Éléments d’explication et verdict ci-dessous.
Port of Jumanah

Port of Jumanah se présente comme un action-aventure 2.5D teinté de roguelite, centré sur l’exploration de chambres sous-marines générées de façon procédurale.
Cela me rappelle fortement Cult of the Lamb pour toute la partie combats, mais avec bien moins de contenu et de variations.
En effet, la durée de vie tourne autour de six heures pour l’histoire principale, avec du contenu supplémentaire pour ceux qui souhaitent accomplir les quêtes secondaires, récupérer les différents éléments à débloquer et aller chercher les achievements. Je dirais dix heures maximum pour tous les succès.
La rejouabilité n’est vraiment pas terrible. Malgré sa structure roguelite qui encourage à enchaîner les runs, le manque de variété des biomes et des builds entraîne rapidement une certaine répétitivité. C’est déjà un peu vide au niveau des armes et des perks lors de notre première partie, donc y rejouer, personnellement, ça ne m’emballe pas. Une fois l’aventure terminée, l’intérêt de revenir en jeu diminue donc très vite.

Les runs sont très rapides, entre cinq et dix minutes à chaque fois. Cela permet d’enchaîner les parties rapidement.
Entre les plongées, le joueur revient au port de Jumanah pour progresser dans le récit, accepter des quêtes secondaires, recruter un équipage et ajuster son équipement.
Contrairement à Cult of the Lamb, qui faisait de son village une véritable partie du gameplay avec sa gestion, ses constructions et ses activités, le port sert avant tout de hub.
On y vient pour effectuer quelques améliorations et préparatifs, mais sans aucune profondeur de gestion. Il apporte donc moins de variété entre les runs et renforce cette impression d’une expérience plus courte et limitée, dans laquelle on enchaîne les plongées.
Une histoire qui peine à intéresser

Mansour, jeune plongeur de perles au caractère optimiste malgré une série de malchances, ouvre accidentellement une mystérieuse palourde géante noire et libère une menace qui corrompt les mers. Sa mission consiste à récupérer six perles noires corrompues pour restaurer l’équilibre.
L’écriture globale adopte un ton léger et volontiers absurde, évitant les lourdeurs dramatiques au profit de situations cocasses et de dialogues décalés.
J’ai eu du mal à m’immerger dans l’histoire et à ressentir de l’empathie pour le personnage principal. Les personnages secondaires affichent des personnalités plus marquées et diversifiées, mais peinent malgré tout à susciter un réel intérêt.
La narration s’appuie en grande partie sur les dialogues, qui constituent selon moi l’une des principales faiblesses du titre. Comme évoqué précédemment, l’écriture manque de profondeur et peine à rendre les échanges réellement captivants, ce qui n’aide pas vraiment à renforcer l’attachement aux personnages ou l’immersion dans l’univers.
Le jeu s’inspire des traditions de pêche aux perles de la péninsule Arabique, auxquelles il mêle fantasy et humour. L’idée est intéressante et donne au titre une ambiance assez particulière, notamment à travers son architecture et ses personnages. Malheureusement, cette identité peine à convaincre sur la durée. Le ton volontairement léger, entre situations sérieuses et humour absurde, ne fonctionne pas toujours, et l’écriture manque parfois de finesse pour rendre cet univers absolument attachant.
Cela reste évidemment une question de sensibilité, et cet univers pourra peut-être davantage vous séduire qu’il ne m’a accroché.
Une direction artistique réussie

Sur le plan artistique, Port of Jumanah m’a davantage convaincu. Le jeu adopte une direction cartoon-fantasy colorée, avec des environnements sous-marins assez plaisants à parcourir. On traverse notamment des zones de corail, des cavernes et des espaces plus sombres où la bioluminescence apporte une ambiance différente.
La végétation et les différents éléments présents dans les décors permettent également de donner un peu de vie aux fonds marins. Le chara-design des ennemis et des boss est également plutôt réussi, avec des créatures aux apparences variées et souvent assez amusantes.
L’ensemble est agréable à regarder, même si le nombre de biomes reste assez limité et que certains décors finissent par se répéter. Les animations sont plutôt simples, mais l’action reste très lisible. Les ennemis, les attaques et les effets se distinguent facilement à l’écran, ce qui permet de comprendre rapidement ce qui se passe, même lorsque les combats deviennent plus mouvementés.
L’éclairage et les effets visuels renforcent l’immersion sans chercher le réalisme. L’ensemble crée une cohérence artistique forte qui soutient l’immersion dans cet univers maritime fantaisiste.

Le sound design accompagne correctement le tout avec une ambiance marine, des bruitages adaptés aux attaques et différents effets sonores qui rendent les affrontements plus vivants. La musique change selon les régions et les combats et accompagne correctement l’action sans chercher à prendre toute la place.
Les différents sons participent également à l’identité légère du titre, avec quelques effets plus amusants qui collent bien à son univers cartoon. Dans l’ensemble, la bande-son fait donc correctement son travail, même si elle ne propose pas de thèmes particulièrement marquants qui restent en tête une fois la partie terminée.
Les performances sont bonnes et les configurations demandées restent raisonnables pour un jeu de cette nature.
Une boucle qui va droit au but

La structure est semi-ouverte : plusieurs océans distincts proposent des environnements et une faune différents, chacun culminant par un affrontement avec un gardien. Le level design reste toutefois organisé autour d’un enchaînement de salles, dont la disposition et le contenu changent à chaque run.
Les salles sont relativement courtes et suffisamment denses, avec des éléments destructibles, des trésors, des power-ups et des opportunités de sauvetage. On progresse ainsi de pièce en pièce, en récupérant les ressources disponibles et en choisissant parfois la direction à prendre. Une structure assez classique pour le genre, mais qui permet de lancer rapidement une partie et de faire une petite plongée sans devoir y consacrer une longue session.
Le gameplay repose sur des loadouts préparés avant chaque plongée et sur une progression permanente à travers l’amélioration de l’équipement, du bateau et de l’équipage. La boucle est donc assez simple : préparer son équipement, partir en mer, explorer les différentes salles, récupérer des ressources et progresser jusqu’au gardien avant de revenir au port pour améliorer son matériel et poursuivre l’aventure.
La prise en main est immédiate, avec une interface claire et des menus ergonomiques. La progression passe par l’acquisition de nouvelles armes, de power-ups et de buffs liés à l’équipage. Même sans véritables classes, différentes façons de jouer peuvent ainsi émerger selon les combinaisons choisies.

L’un des éléments importants durant les plongées reste la gestion de l’oxygène. Cette jauge impose une légère pression temporelle et pousse à réfléchir à ses déplacements. Plus on reste sous l’eau, plus la réserve diminue, tandis que certains dégâts peuvent également en faire perdre une quantité importante.
Il faut donc parfois choisir entre fouiller une salle à la recherche de ressources ou poursuivre rapidement son chemin. Les éléments destructibles peuvent cacher différents objets utiles, ce qui encourage naturellement à explorer les recoins. Cette mécanique ajoute une petite tension aux runs sans pour autant transformer le jeu en véritable expérience de survie. Pour ceux qui souhaitent simplement profiter de l’aventure sans cette contrainte, la consommation d’oxygène peut d’ailleurs être désactivée dans les options.
La variété des activités, entre exploration, sauvetages, quêtes secondaires et rencontres, permet de varier quelque peu le rythme. Il faudra toutefois régulièrement farmer de l’or et des ressources pour développer son personnage, son équipement, le bateau et l’équipage. Si cette progression fonctionne au départ, le manque de variété se fait davantage sentir au fil des heures : on retrouve rapidement les mêmes types de plongées et d’objectifs, ce qui finit par rendre la boucle moins stimulante.
Des combats simples mais efficaces

Le système de combat se montre nerveux et lisible, avec un mélange d’attaques au corps à corps et d’options à distance. L’arsenal s’étoffe progressivement, mais reste assez limité en nombre, avec quelques armes et gadgets aux sensations différentes, allant des harpons aux missiles et autres équipements plus loufoques. Les possibilités restent donc intéressantes à expérimenter, sans être particulièrement nombreuses.
La variété vient également des ennemis. Certains privilégient le corps à corps, d’autres utilisent des projectiles ou ciblent certaines zones du terrain, tandis que les adversaires plus imposants disposent de patterns plus élaborés. Les combats de gardiens demandent logiquement davantage d’attention et de maîtrise.
L’ensemble fonctionne très bien lors des premières heures, mais montre rapidement ses limites lorsqu’on enchaîne les runs. On finit par connaître assez vite les comportements et les attaques des différents ennemis. Les synergies entre les armes, les perks et les bonus d’équipage sont agréables à expérimenter, mais le nombre limité de possibilités empêche de renouveler complètement l’expérience.

L’équipage ajoute tout de même une petite dimension stratégique à la préparation. Chaque personnage apporte des bonus passifs différents, ce qui permet d’adapter son choix à son équipement et à sa façon de jouer.
Au final, les combats restent l’un des aspects les plus plaisants de l’expérience grâce à leur rythme, leur lisibilité et la diversité des attaques ennemies. Dommage que le faible nombre d’armes, de perks et de possibilités de build limite rapidement les variations, surtout lorsqu’on enchaîne les runs.
Port of Jumanah livre une aventure roguelite sympathique, notamment grâce à sa direction artistique et à des combats nerveux et agréables. Le système d’oxygène apporte également une petite pression supplémentaire aux plongées.
En revanche, l’histoire peine à intéresser et à être bien racontée, tandis que le manque de profondeur se fait rapidement sentir. Les armes, perks et possibilités de builds sont peu nombreux, et certaines plongées donnent vite une impression de déjà-vu lorsqu’il faut revenir dans les mêmes zones.
Son format relativement court lui permet toutefois d’éviter de s’enliser complètement dans cette répétitivité. Port of Jumanah reste une expérience accessible et colorée, mais difficile de ne pas le comparer à des roguelites plus ambitieux comme Cult of the Lamb, qui offrent davantage de variété et de profondeur.
Une fois l’aventure terminée, l’envie de relancer une partie reste d’ailleurs assez limitée. Je le conseillerais donc plutôt à petit prix ou en promotion, même si son tarif de base reste déjà raisonnable.
- Univers sous-marin original et charmant
- Direction artistique colorée et soignée
- Combats nerveux, lisibles et satisfaisants
- Des ennemis aux attaques variées
- Runs courtes, adaptées aux petites sessions
- Système d’oxygène qui apporte une petite tension aux plongées
- Profondeur des builds et variété des armes/perks limitées
- Structure en salles assez classique et répétitive sur la durée
- Peu de variété dans les activités et les plongées
- Rejouabilité et contenu endgame très limités
- Histoire peu intéressante et dialogues soporifiques
- Progression qui demande pas mal de farming