Test de Duskfade

Dans un paysage vidéoludique où les hommages aux grands jeux de plateforme des années 2000 se multiplient, certains titres parviennent à dépasser la simple nostalgie pour proposer leur propre univers. Duskfade fait clairement partie de ceux-là. Il est développé par le studio espagnol Weird Beluga et édité par Fireshine Games. Et sur le papier, il possède tous les ingrédients du bon vieux platformer 3D : de grandes zones à explorer, des secrets à dénicher, des capacités qui se débloquent progressivement, des ennemis à combattre et des boss qui viennent ponctuer l’aventure. Mais entre l’héritage assumé des classiques et ses ambitions modernes, des questions se posent : Duskfade parvient-il réellement à trouver sa propre identité ? Que vaut son système de déplacement ? Ces séquences de plateformes ? Ces combats ? Peut-il s’imposer dans le cœur des fans du genre ? Et auprès des nouveaux venus ? Éléments d’explication et verdict ci-dessous.

Duskfade

Image de Duskfade : le jeu d'action-plateforme 3D sera disponible le 13 août

Il s’agit donc d’un action-platformer en vue à la troisième personne qui mise autant sur l’exploration que sur la mobilité. L’aventure est entièrement solo et nous entraîne à travers plusieurs grandes régions façonnées par les Maîtres Horlogers.

Le jeu alterne plateformes, combats, énigmes environnementales et chasse aux secrets, avec une progression qui nous permet d’acquérir progressivement de nouvelles capacités.

La construction des niveaux rappelle immédiatement les productions de l’ère PS2. On dispose d’espaces suffisamment vastes pour pouvoir quitter le chemin principal, grimper, fouiller les recoins et revenir plus tard dans certains endroits lorsque nos nouvelles capacités permettent d’atteindre des zones auparavant inaccessibles.

Duskfade n’est donc pas un monde ouvert au sens traditionnel du terme, mais plutôt une succession de zones qui laissent suffisamment de liberté pour encourager l’exploration.

Les environnements cherchent eux aussi à renouveler régulièrement l’expérience. On traverse des forêts mystérieuses, des dunes ensoleillées, des domaines de lave et d’autres environnements sous-marins, ou encore des cités suspendues dans les airs. Chaque région possède sa propre ambiance et propose ses petits secrets à dénicher.

La durée de vie oscille entre douze et quatorze heures pour l’histoire principale, et quelques petites heures de plus pour terminer les zones à 100 %. Le jeu mise donc davantage sur la complétion et l’exploration que sur une véritable seconde expérience.

C’est une approche qui me convient plutôt bien pour ce genre de titre. Je préfère largement un jeu qui propose une aventure de taille raisonnable et qui donne envie de fouiller ses niveaux plutôt qu’une expérience artificiellement rallongée. En revanche, les joueurs qui n’apprécient pas particulièrement la chasse aux collectibles risquent de trouver la rejouabilité beaucoup plus limitée.

Une histoire chaleureuse

On incarne Zirian, un jeune apprenti horloger dont la vie bascule lorsque sa sœur est capturée par Misère et que le monde plonge dans une nuit éternelle. Pour la retrouver, il devra réparer le fil du temps et percer les secrets laissés derrière eux par les mystérieux Maîtres Horlogers.

Duskfade ne cherche pas à raconter une aventure particulièrement sombre malgré ses thèmes. Le jeu parle de deuil, d’amour, de courage et de passage à l’âge adulte, mais conserve une atmosphère chaleureuse et accessible. C’est un mélange qui fonctionne plutôt bien, notamment grâce au contraste entre la beauté colorée des environnements et les événements parfois beaucoup plus graves vécus par les personnages.

Zirian est un héros assez facile à apprécier. Sa détermination et son côté encore très jeune permettent de suivre son évolution sans avoir besoin d’un long historique préalable.

On est accompagné de Cuckoo, un oiseau mécanique dont la mémoire est loin d’être intacte. Il apporte une dose d’humour et de légèreté, tout en prenant progressivement une place plus importante dans le récit.

Les personnages secondaires sont également assez nombreux et participent à donner vie aux différentes régions. L’écriture reste globalement simple, mais elle cherche davantage à créer de l’attachement qu’à multiplier les rebondissements complexes.

J’ai plutôt apprécié cette approche. Le titre possède suffisamment de charme pour que l’on ait envie de connaître la suite. Certaines situations sont assez prévisibles et l’écriture peut parfois manquer de subtilité, mais l’ensemble fonctionne grâce à la sincérité qui se dégage de l’aventure.

La narration s’inscrit dans une approche proche de celle des derniers jeux The Legend of Zelda, notamment Breath of the Wild et Tears of the Kingdom : les personnages disposent de quelques cinématiques pour les moments narratifs importants, tandis que la majorité des dialogues sont présentés sous forme de texte accompagné de courtes onomatopées et vocalisations plutôt que d’un doublage intégral (anglais et sous-titres français).

Ce n’est donc pas nécessairement pour son scénario que Duskfade restera dans les mémoires, mais il remplit correctement son rôle.

L’histoire donne une raison d’avancer, les personnages sont attachants et certains moments parviennent réellement à transmettre une émotion. Pour un jeu qui aurait très bien pu se contenter d’être un simple hommage aux platformers 3D d’autrefois, c’est finalement une agréable surprise.

Une direction artistique colorée

S’il y a bien un domaine dans lequel Duskfade réussit immédiatement à attirer l’attention, c’est sa direction artistique.

Le jeu propose un univers clockpunk particulièrement coloré, où les mécanismes d’horlogerie côtoient des paysages beaucoup plus naturels. Malgré une histoire qui aborde des thèmes parfois lourds, l’ensemble conserve une véritable douceur visuelle.

Les environnements sont suffisamment variés pour éviter la monotonie. Chaque région possède sa propre identité, avec une architecture et une palette de couleurs qui permettent de les différencier rapidement.

Les textures sont correctes grâce à leur finesse et leur niveau de détail, même si ce n’est pas l’élément qui m’aura le plus marqué.

Le travail effectué sur les décors est, lui, particulièrement appréciable lorsque l’on prend le temps de quitter le chemin principal. Les niveaux regorgent de petites plateformes, de passages cachés et de zones secondaires.

L’esthétique horlogère apporte également une vraie personnalité au monde. Rouages, mécanismes, structures mécaniques et éléments fantastiques se mélangent constamment. Le résultat ne donne pas l’impression d’être une simple copie d’un ancien platformer 3D : Duskfade possède réellement son propre univers.

Les personnages profitent eux aussi d’un chara-design réussi. Zirian et Cuckoo sont immédiatement identifiables, tandis que les différents habitants rencontrés au fil de l’aventure contribuent à rendre les régions plus vivantes.

Les animations sont globalement fluides et accompagnent correctement les mouvements très rapides de Zirian.

Les effets visuels participent aussi au spectacle. Les particules, les effets lumineux et les différents phénomènes liés au temps renforcent l’impression d’un monde qui a été profondément bouleversé.

Malgré la richesse de certains décors, l’action reste généralement lisible, ce qui est particulièrement important dans les passages où les déplacements s’enchaînent rapidement.

La bande-son fait elle aussi correctement son travail. Les morceaux changent d’ambiance en fonction des régions et alternent entre des compositions légères, propices à l’exploration, et des passages plus solennels lorsque l’histoire prend une tournure dramatique.

Le sound design contribue également à donner de la personnalité au monde. Les mécanismes, les différents bruits liés aux environnements, les déplacements de Zirian et les impacts des combats permettent de donner suffisamment de relief à l’action.

Cette bonne ambiance sonore permet de nous immerger facilement dans le monde proposé.

Dans l’ensemble, le polish reste satisfaisant. Il y aurait bien quelques petites choses à améliorer et à retravailler, mais je n’ai pas rencontré de bugs gênants et j’ai juste subi deux crashs du jeu durant mon périple.

Un gameplay très réussi

Duskfade trouve rapidement son identité grâce à son système de déplacement. C’est justement dans ce domaine qu’il propose l’une de ses meilleures idées. En effet, le ressenti est particulièrement agréable.

Zirian peut sauter, effectuer un double saut, dasher, utiliser son grappin (à des endroits prédéfinis) ou encore planer, et ces capacités finissent par s’imbriquer naturellement. Une fois les différents mouvements maîtrisés, on prend rapidement goût à parcourir les niveaux simplement pour le plaisir de se déplacer.

Le jeu nous donne progressivement accès à plusieurs compétences qui finissent par former un ensemble particulièrement agréable à utiliser.

Au début, les possibilités restent assez classiques. On saute, on franchit quelques plateformes et on apprend à utiliser les différents outils mis à notre disposition. Mais à mesure que l’aventure avance, les capacités s’additionnent et les parcours deviennent de plus en plus intéressants.

Cette sensation de fluidité constitue, à mes yeux, l’une des grandes réussites de Duskfade. Le jeu donne régulièrement envie de prendre de la vitesse et de tester les limites de notre mobilité. On ne se contente plus de rejoindre un point A depuis un point B : on cherche naturellement à savoir ce qui se trouve derrière cette plateforme, au-dessus de ce bâtiment ou au bout de ce passage apparemment inaccessible.

Le level design accompagne intelligemment cette progression. Les nouvelles capacités ne servent pas uniquement à résoudre quelques obstacles isolés : elles permettent également de regarder différemment les zones déjà visitées.

Un endroit que l’on pensait avoir entièrement exploré peut soudain révéler un nouveau chemin simplement parce que Zirian dispose désormais du mouvement nécessaire pour l’atteindre.

Les phases de plateforme sont donc particulièrement réussies lorsqu’elles combinent plusieurs capacités. Le grappin permet de se projeter vers certaines surfaces, le dash sert à prolonger ou à corriger un déplacement et le planeur donne davantage de contrôle dans les airs. Il faut parfois réfléchir rapidement à l’ordre dans lequel utiliser ces outils, ce qui donne aux parcours les plus élaborés un petit côté casse-tête très agréable.

La prise en main reste très accessible. Il n’est pas nécessaire d’être un expert du platforming pour progresser, et les commandes deviennent rapidement naturelles. La difficulté vient plutôt de la maîtrise des mouvements que d’une quelconque complexité des commandes.

La progression repose principalement sur l’obtention de nouvelles capacités qui permettent à Zirian de repousser progressivement ses limites. C’est un système assez classique pour le genre, mais qui fonctionne parce que les niveaux sont construits autour de ces possibilités.

J’ai apprécié cette volonté de récompenser la curiosité. Même lorsque l’on ne cherche pas spécialement à terminer le jeu à 100 %, on finit souvent par faire un détour simplement parce qu’un passage semble suspect ou qu’une plateforme située au loin attire notre attention.

Le problème, c’est que cette logique fonctionne mieux pendant la première exploration que lors du nettoyage des zones. Une fois l’aventure bien avancée, revenir dans des endroits déjà parcourus uniquement pour récupérer ce qui nous manque peut devenir nettement moins enthousiasmant.

Et c’est là que le backtracking montre ses limites. Le jeu nous encourage à revenir dans les régions avec de nouvelles capacités, ce qui est une bonne idée en théorie, mais la recherche des derniers éléments peut parfois devenir plus laborieuse que réellement amusante. Toutefois, cela reste optionnel et plutôt réservé aux joueurs complétionnistes.

Des combats moins convaincants

Les affrontements constituent l’autre grande composante du gameplay. Zirian dispose de son épée et peut enchaîner différentes attaques au corps à corps, esquiver, parer et utiliser plusieurs capacités supplémentaires au fil de son aventure.

Le système reste assez accessible. Les ennemis permettent rapidement de comprendre les bases et les affrontements ne demandent généralement pas une maîtrise particulièrement poussée pour progresser. Les esquives et les parades apportent néanmoins un peu plus de profondeur lorsque la difficulté augmente.

J’ai bien aimé l’aptitude « Jedi » qui permet de renvoyer le projectile d’un ennemi !

Minutero apporte également une dimension intéressante à la progression. Cette arme liée à l’univers horloger permet de faire évoluer progressivement nos possibilités offensives.

Toutefois, j’ai trouvé que, sur la durée, cela ne se renouvelait pas assez, contrairement au système de déplacement. On finit vite par retrouver plusieurs fois les mêmes situations : quelques attaques, une esquive, une parade lorsque c’est nécessaire, puis on passe à la suite.

La caméra n’est pas folle, et on ne voit pas toujours très bien tous nos adversaires. Ce n’est pas catastrophique, loin de là. Les combats restent suffisamment fluides et lisibles pour ne jamais devenir un véritable calvaire. Mais après avoir goûté à l’excellente mobilité de Zirian, on aurait aimé que les affrontements exploitent davantage cette richesse.

Ce n’est pas un problème majeur puisque le jeu repose avant tout sur son mélange plateforme/exploration, mais il aurait pu gagner en profondeur avec plus de variété dans les ennemis et les situations de combat.

Heureusement, les boss viennent casser cette routine. Ces affrontements sont généralement plus travaillés et permettent au jeu de mélanger ses différentes mécaniques plutôt que de simplement nous placer dans une arène pour taper sur une grosse barre de vie.

Ces combats exploitent davantage les déplacements, les esquives et la lecture des attaques adverses. Il faut parfois alterner entre phases de plateforme et séquences de combat, ce qui correspond finalement beaucoup mieux à l’identité de Duskfade.

Sans être tous inoubliables, les boss constituent donc clairement certains des meilleurs moments de l’aventure. Ils apportent de la variété et montrent ce que le jeu aurait peut-être pu faire plus souvent avec son système de combat.

Duskfade ne cache pas ses influences. On retrouve clairement cette philosophie des platformers 3D des années 2000 : de grandes zones colorées, des personnages attachants, des secrets partout, des capacités qui débloquent de nouveaux passages et une progression très lisible.

Mais le jeu ne donne pas pour autant l’impression d’être uniquement une compilation de références nostalgiques. Son univers horloger, son esthétique clockpunk et son histoire autour du temps lui permettent de développer une véritable personnalité.

Le rythme alterne entre exploration, plateforme, énigmes environnementales, combats et boss. Ce mélange fonctionne particulièrement bien lorsque le jeu laisse la mobilité s’exprimer pleinement.

À l’inverse, lorsque le jeu nous impose une série d’affrontements standards un peu trop similaires ou nous demande de revenir plusieurs fois au même endroit pour récupérer un objet, le rythme perd légèrement de sa superbe.

La sensation qui domine reste celle d’une aventure chaleureuse et généreuse. On avance principalement parce qu’on a envie de voir la prochaine région, de découvrir ce qui se cache derrière le prochain passage et de comprendre ce qui est arrivé aux personnages.

Lorsqu’on est lancé dans une séquence de plateforme et que les différents mouvements s’enchaînent parfaitement, Duskfade procure exactement le genre de plaisir simple que l’on attend d’un bon platformer 3D.

On vous le conseille chaudement, car s’il ne réinvente pas la roue, il la maîtrise suffisamment bien pour proposer une aventure attachante et plaisante. Un joli voyage dans un monde où le temps s’est arrêté, mais où le plaisir de jouer, lui, continue d’avancer.

 

Points positifs

  • Direction artistique colorée, cohérente et pleine de personnalité
  • Excellente sensation de déplacement
  • Grappin, dash, planeur et sauts qui s’imbriquent très bien
  • Level design dense et propice à l’exploration
  • Nombreux secrets et collectibles
  • Environnements variés
  • Boss plus intéressants que les affrontements standards
  • Une véritable identité clockpunk

Points négatifs

  • Combats standards parfois répétitifs
  • Variété des ennemis perfectible
  • Backtracking pouvant devenir frustrant
  • Recherche des derniers collectibles parfois laborieuse