Test d’Onimusha Way of the Sword
Onimusha: Way of the Sword marque le grand retour d’une licence que l’on pensait presque définitivement rangée au placard. Près de vingt ans après le dernier épisode inédit, Capcom fait évoluer la formule. Les environnements gagnent en liberté et les combats sont beaucoup plus travaillés, mais l’essentiel reste là : des samouraïs, des démons, du sang, des âmes à absorber et ce fameux gantelet Oni qui accompagne notre héros.
Dans un genre aujourd’hui dominé par des productions comme Sekiro ou les différents Soulslike, Onimusha: Way of the Sword doit donc trouver sa propre voie. Le système de combat est-il suffisamment solide pour tenir tête à cette concurrence ? L’ouverture de certaines zones apporte-t-elle réellement quelque chose ? Et surtout, Capcom a-t-il réussi à retrouver l’âme de la licence tout en la modernisant ? Éléments d’explications et verdict ci-dessous.
Onimusha: Way of the Sword

Il s’agit donc d’un action-aventure exclusivement solo. L’aventure nous entraîne dans une Kyoto de l’époque d’Edo, mais pas dans la ville historique que l’on pourrait imaginer.
En effet, la capitale japonaise est progressivement rongée par un mystérieux miasme. Cette corruption permet aux Genma, des créatures venues des enfers, de revenir dans le monde des vivants. Les rues, les temples et les sanctuaires deviennent alors le théâtre d’affrontements particulièrement sanglants.
La structure du jeu mélange des séquences relativement linéaires avec des zones plus ouvertes. Le titre propose plusieurs espaces plus larges vers la moitié de l’aventure.
Elles permettent de quitter temporairement le chemin principal. On peut explorer, récupérer des ressources, découvrir des secrets ou s’occuper de quelques objectifs secondaires.
L’idée est bonne, mais elle ne révolutionne absolument pas la formule.
Les meilleurs passages restent souvent les séquences plus linéaires, lorsque le jeu contrôle précisément le rythme, place ses ennemis au bon endroit et construit une véritable mise en scène autour d’un affrontement.
À l’inverse, certaines zones semi-ouvertes peuvent donner une impression de remplissage. On s’y déplace davantage sans que l’exploration apporte toujours quelque chose de réellement intéressant.

La licence est même probablement plus efficace lorsqu’elle reste concentrée sur ses combats, ses environnements travaillés et sa mise en scène.
La campagne offre une durée de vie confortable pour un action-aventure de ce type. Une vingtaine d’heures sont nécessaires pour venir à bout de l’aventure principale, avec plus de temps à prévoir pour ceux qui souhaitent explorer les zones plus en profondeur.
La rejouabilité repose surtout sur le plaisir de refaire les combats.
La Nouvelle Partie+ permet de repartir dans l’aventure avec une meilleure connaissance des mécaniques et des adversaires. Le mode de difficulté supérieur offre également un véritable défi aux joueurs ayant parfaitement assimilé les subtilités du système de combat.
Par contre, le titre aurait gagné à être plus condensé. Quelques heures en moins sur la partie de la carte plus ouverte, moins de quêtes annexes très semblables, moins de redites dans les ennemis et les boss auraient rendu, je pense, l’aventure encore plus mémorable. Certaines répétitions n’étaient pas nécessaires et diluent quelque peu le rythme, et donc le ressenti final.
Une histoire de démons

On incarne Miyamoto Musashi, un jeune samouraï qui arrive à Kyoto avec l’ambition de prouver sa valeur au sabre. Son voyage prend évidemment une tournure beaucoup plus surnaturelle lorsqu’un gantelet Oni vient se fixer à son bras.
Cet artefact lui confère une puissance dépassant largement celle d’un simple guerrier. Il permet notamment à Musashi d’absorber les âmes des Genma, une mécanique qui constitue l’un des piliers du gameplay.
Ce personnage, qui aurait réellement existé, n’est pas simplement un guerrier silencieux qui traverse Kyoto en découpant tout ce qui bouge. Son caractère évolue au fil de l’aventure et ses confrontations l’obligent progressivement à remettre certaines de ses certitudes en question.
Son développement est intéressant et on arrive très facilement à avoir de l’empathie pour lui. En plus, Capcom s’est inspiré des traits du célèbre acteur japonais Toshiro Mifune, véritable incarnation du samouraï dans le cinéma japonais. Un bon point pour l’immersion.
Le scénario mélange ainsi personnages historiques, dark fantasy et folklore japonais. L’arrivée des Genma permet au jeu de prendre de nombreuses libertés avec l’Histoire tout en conservant une véritable identité japonaise.
L’écriture ne cherche cependant pas à révolutionner le genre. Elle sert surtout de moteur à l’aventure et de prétexte pour nous faire traverser cette Kyoto complètement défigurée par le miasme.

Certaines séquences sont très théâtrales, les dialogues peuvent parfois manquer de subtilité et le démarrage prend un peu de temps avant de réellement accrocher. Mais une fois les principaux enjeux installés, l’aventure gagne nettement en rythme.
Le gantelet Oni constitue également une bonne idée sur le plan narratif. Une voix mystérieuse accompagne Musashi et l’on se demande rapidement qui se cache exactement derrière cet artefact.
L’histoire n’est pas exceptionnelle, mais elle se laisse suivre avec plaisir. Elle bénéficie surtout d’une mise en scène de très bonne qualité, qui lui donne davantage d’impact.
Les cinématiques sont particulièrement réussies et mettent très bien en valeur le travail effectué sur les personnages. On retiendra notamment le réalisme des animations faciales : leurs émotions sont très bien retranscrites à travers des mimiques et des expressions naturelles, qui renforcent efficacement les différentes scènes.
C’est d’ailleurs dans ces moments que le jeu se montre le plus impressionnant visuellement, avec des personnages expressifs et particulièrement vivants.
Pour ma part, j’ai choisi de jouer avec les voix japonaises, qui collent parfaitement à l’ambiance et renforcent encore davantage le réalisme de l’ensemble. Le doublage japonais est d’excellente qualité et s’accorde particulièrement bien avec le ton du jeu. Une VF est également disponible et s’avère elle aussi convaincante, mais je ne l’ai pas écoutée très longtemps.
Une très bonne direction artistique

Visuellement, le titre fait clairement partie des productions Capcom qui profitent le mieux du RE Engine.
La direction artistique mélange habilement le Japon historique et la dark fantasy. Onimusha: Way of the Sword est vraiment agréable à regarder, surtout avec les paramètres poussés au maximum en 4K.
Les textures sont fines et détaillées et les personnages bien animés. Les effets de lumière, les particules et le miasme renforcent encore l’ambiance. Le jeu possède une véritable atmosphère et sait aussi bien mettre en valeur les magnifiques paysages japonais que les endroits les plus malsains de son univers.
Sans être une véritable démonstration technique, le jeu affiche donc un rendu propre et détaillé qui fait parfaitement le travail.
La variété des environnements est en revanche plus mitigée. Les missions principales permettent régulièrement de changer de décor, avec des temples, des châteaux, la forêt de bambous d’Arashiyama ou encore des lieux plus surprenants comme un laboratoire souterrain.
Le problème vient davantage de Kyoto, que l’on est amené à parcourir à plusieurs reprises. La ville finit par manquer un peu de variété, d’autant que certaines activités et certains trajets se répètent.

Il y a donc de beaux changements de décors au cours de l’aventure, mais l’ensemble aurait gagné à proposer davantage de renouvellement sur la durée.
Les combats sont particulièrement sanglants. Les coups de sabre tranchent réellement les ennemis, les membres volent et les effets de sang accompagnent chaque impact important. Cela colle parfaitement à l’identité de la licence.
La partie sonore accompagne parfaitement cette direction artistique. Les bruits de sabre, les cris des Genma et les différents effets liés au gantelet donnent du poids aux affrontements. La musique mélange quant à elle sonorités japonaises et compositions plus dramatiques.
Côté finition, je n’ai pour ma part rencontré aucun problème particulier durant mon aventure. Avec une configuration suffisamment solide pour faire tourner le jeu à fond en 4K, l’expérience s’est montrée très fluide, sans chutes de performances gênantes ni artefacts visuels.
Je n’ai pas non plus constaté de problèmes de clipping, de textures qui chargent tardivement ou d’animations qui partent en vrille. Il existe bien quelques retours faisant état de micro-saccades dans certaines zones, mais rien de tout cela ne m’est arrivé durant mon expérience.
Dans l’ensemble, le jeu m’a donc semblé très propre et bien maîtrisé techniquement.
Une progression simple et efficace

La progression de Musashi reste relativement simple, mais elle fonctionne bien. Il n’est pas question de multiplier les classes ou de créer des builds complètement différents : on cherche avant tout à renforcer progressivement son personnage et son équipement. L’épée, les vêtements et le Gant Oni peuvent ainsi être améliorés indépendamment, à condition de réunir les matériaux nécessaires.
C’est d’ailleurs en explorant que l’on fait une bonne partie de ces trouvailles. En prenant le temps de fouiller les environnements, on peut récupérer différents composants et ressources, parfois bien mis en évidence grâce à la vision d’Oni. Les missions secondaires constituent également une bonne source de matériaux et de récompenses. Cette mécanique donne donc une raison supplémentaire de s’écarter du chemin principal et d’explorer un peu plus attentivement Kyoto.
Les âmes jouent évidemment un rôle important dans cette évolution, mais elles ne sont pas les seules ressources à surveiller. Au fil de l’aventure, on débloque de nouvelles capacités, des améliorations pour les Oni Armaments ainsi que différents talismans permettant d’apporter quelques bonus supplémentaires. L’ensemble reste assez lisible et évite de tomber dans un système de statistiques trop chargé.
Cette simplicité est finalement cohérente avec le jeu. On ne cherche pas à transformer Musashi en un personnage radicalement différent d’une partie à l’autre, mais plutôt à le rendre progressivement plus efficace. La progression repose donc avant tout sur l’exploration : plus on prend le temps de fouiller, d’accomplir les missions secondaires et de récupérer les ressources disséminées dans Kyoto, plus on dispose de moyens pour améliorer son équipement.
Un gameplay entièrement construit autour du sabre

C’est évidemment sabre à la main que Capcom était le plus attendu, et autant le dire immédiatement : le combat est pour moi la grande réussite d’Onimusha: Way of the Sword.
Tout repose sur une idée finalement assez simple : observer son adversaire et répondre à ses attaques au bon moment plutôt que de se contenter de frapper sans réfléchir.
Musashi dispose de plusieurs moyens de défense, entre la garde, la parade, la déviation ou encore l’esquive réflexe, qui peut ensuite être enchaînée avec une attaque de contre.
Le fameux Issen reste bien sûr la mécanique la plus emblématique : il faut attaquer au moment précis où le coup adverse va porter pour déclencher une contre-attaque particulièrement puissante. À cela s’ajoutent les capacités du Gantelet Oni et les différentes techniques que l’on apprend progressivement au cours de l’aventure.
Le jeu prend d’ailleurs le temps de nous enseigner ces mécaniques. De nouvelles possibilités viennent s’ajouter au fur et à mesure de l’aventure, avec des tutoriels intégrés qui permettent de comprendre progressivement les subtilités du système.
Même sans être habitué à ce type de gameplay, on peut donc apprendre à son rythme. Selon le niveau de difficulté choisi, que l’on peut modifier à volonté, on bénéficie d’indications directement à l’écran pour montrer quelle action effectuer face à certaines attaques. Les fenêtres de parade sont également plus généreuses, ce qui en fait une excellente porte d’entrée pour les joueurs moins à l’aise avec le timing.
À l’inverse, le mode de difficulté élevé laisse davantage le joueur se débrouiller et demande une meilleure connaissance du système.

C’est surtout cet apprentissage qui rend les combats aussi satisfaisants.
Au début, on a tendance à subir les attaques et à essayer de réagir à l’instinct. Puis, après quelques défaites, on commence à reconnaître les mouvements de l’adversaire : un déplacement d’épaule, un mouvement de bras, la préparation d’un coup ou le moment précis où son arme s’engage dans sa trajectoire. Petit à petit, on ne réagit plus seulement à l’attaque : on commence à la lire. Et c’est là que le système prend véritablement tout son sens.
Les ennemis deviennent alors beaucoup plus prévisibles, non pas parce qu’ils sont moins dangereux, mais parce que l’on comprend enfin ce que le jeu attend de nous. Il faut toutefois souligner que le bestiaire est assez restreint. On affronte donc souvent les mêmes ennemis, à quelques variantes près.
La difficulté est d’ailleurs assez particulière. Les ennemis ordinaires ne sont pas forcément très menaçants une fois les mécaniques maîtrisées, tandis que certains affrontements, et surtout les boss, peuvent demander beaucoup plus de concentration.
On peut donc avoir l’impression d’être tout-puissant lors d’une rencontre et se faire rappeler à l’ordre quelques minutes plus tard. C’est ce qui rend les défaites intéressantes. On peut perdre un combat sans avoir l’impression d’avoir simplement manqué de statistiques ou de puissance : on comprend généralement que l’on n’a pas suffisamment bien lu l’adversaire.

On recommence, on observe davantage ses mouvements, on apprend quand esquiver, quand parer et quand tenter un Issen, puis on finit par prendre l’avantage.
Cette sensation de progression personnelle est, à mes yeux, le véritable cœur du jeu. Onimusha: Way of the Sword n’est peut-être pas un Souls-like, mais il reprend cette idée particulièrement gratifiante qui consiste à devenir meilleur en comprenant progressivement son adversaire. Et sur ce point, le système de combat est une vraie réussite.
Les combats de boss montrent également tout le savoir-faire du studio en la matière. Ces duels sont plus complexes, plus spectaculaires et surtout plus exigeants. Les adversaires possèdent des patterns qu’il faut apprendre à reconnaître et plusieurs d’entre eux obligent réellement à utiliser toutes les mécaniques mises à notre disposition.
C’est dans ces moments que le jeu prend toute son ampleur.
On commence généralement par prendre une raclée. Puis on comprend peu à peu les attaques de l’adversaire. On apprend à esquiver, à parer, à contre-attaquer et à exploiter les ouvertures.
Et lorsqu’on finit par vaincre le boss, la satisfaction est réelle.
Le jeu retrouve alors une philosophie assez proche de celle des grands jeux d’action modernes, tout en conservant son propre fonctionnement.
Après presque vingt ans d’absence, Onimusha: Way of the Sword réussit son retour. Le véritable cœur du titre réside dans le plaisir de manier le sabre face à des adversaires toujours plus dangereux. Et sur ce point, le contrat est largement rempli.
Le système de combat est précis, exigeant et particulièrement gratifiant une fois maîtrisé. Les parades et les Issen donnent une vraie profondeur aux affrontements, tandis que les boss constituent plusieurs des meilleurs moments de l’aventure.
La direction artistique est également une réussite. Kyoto possède une véritable personnalité et le mélange entre Japon historique et dark fantasy fonctionne à merveille.
Tout n’est cependant pas parfait. On aurait apprécié davantage de renouvellement dans les environnements. Les ennemis ordinaires manquent, eux aussi, de variété, avec un bestiaire assez restreint et pas mal de redites. Certaines phases semi-ouvertes sont moins inspirées que les séquences linéaires et quelques objectifs secondaires semblent davantage présents pour étoffer le contenu que pour proposer de véritables expériences.
Mais ces défauts ne suffisent pas à gâcher l’expérience.
Onimusha: Way of the Sword propose quelque chose de simple : une aventure de samouraï spectaculaire construite autour d’un excellent système de combat.
Une très belle résurrection pour Onimusha et une excellente proposition pour les amateurs de combats au sabre.
- Combat au sabre précis, exigeant et extrêmement gratifiant
- Excellents affrontements contre les boss
- Miyamoto Musashi charismatique et expressif
- Kyoto et son atmosphère dark fantasy
- Système d’âmes et Gantelet Oni parfaitement intégrés
- Qualité des animations faciales
- Doublage japonais
- Très bonne mise en scène des affrontements
- Le choix de la difficulté, adapté aussi bien aux néophytes qu’aux habitués
- Bestiaire très limité
- Quelques affrontements répétitifs sur la durée
- Zones semi-ouvertes moins convaincantes que les passages linéaires
- Certains objectifs secondaires manquent d’intérêt
- Difficulté parfois irrégulière